La formalisation de ce dialogue consacre la prise de conscience des institutions internationales de la nécessite impérieuse d'échanges rassurants dans un monde en pleine mutation. Aussi de nombreux gouvernants s'impliquent de plus en plus à le promouvoir et à l'animer par des actions concrètes, l'allocution d'adieu du Président Jacques Chirac y faisait allusion pour consolider la France aux identités plurielles, et les interventions de son successeur Nicolas Sarkozy en faveur de l'Union Méditerranéenne le positionnaient il y a peu comme l'un des quatre piliers pour parvenir au succès.

Aspects conjoncturels

La nouvelle donne mondiale l'impose, le monde change.

A ces motivations structurelles se greffent des paramètres conjoncturels qui au cours des dernières décennies auront fait de notre planète le théâtre de grands bouleversements. L'augmentation de la population mondiale, l'exode rural et l'urbanisation galopante hypertrophiant les mégalopoles et les métropoles cosmopolites, le « brain drain » ou les migrations massives et l'exercice de leurs influences sur l'intelligentsia et sur les cultures des pays d'accueil, le développement des moyens de transports, l'évolution à un rythme frénétique des moyens de communication et de l'information entraînant l'accroissement exponentielle de l'activité humaine et de ses répercussions, le capitalisme et le consumérisme entraînant la surexploitation, l'asphyxie des écosystèmes et un flot de problèmes environnementaux planétaires.

 

L'intégration des économies nationales dans un processus complexe de globalisation qui couplé à un système financier mondialisé et une médiatisation de masse exacerbe les répercussions des actions et réactions économiques au niveau mondial et lie le devenir économique des peuples par des intérêts et des conséquences communs. Toutes ces révolutions se manifestent par un enchaînement d'événement en cascade, lié les uns aux autres par le ciment humain et le « microcosme planétaire », avec pour effet l'humanité qui prend progressivement conscience de sa communauté.

 

Cette globalisation entraîne dans son sillage d'importantes modifications sociologiques et impose de nouveaux défis théoriques et méthodologiques. Elle génère une superposition complexe de processus globaux et locaux qui bouleversent l'ordre politique et économique internationale en mondialisant la surface des échanges quotidiens. Elle brasse une diversité ethnique et culturelle et remet en cause les modèles socio-économiques élaborés jusqu'à lors renforçant la nécessité d'une coopération planétaire, qui passe aussi par le consentement et l'appui de l'ensemble des populations.

La nouvelle donne mondiale l'impose, le monde change.

Dans le numéro de la revue “le Monde Diplomatique” de février 2007, Bernard Cassen, écrivait concernant le livre “Les enjeux de la mondialisation culturelle” de Jean Tardif et Joëlle Farchy :

« Plus la mondialisation économique et financière tente d'unifier la planète dans la discipline et les rouages du marché, et plus se manifestent les signes du rejet culturel qu'elle suscite. On ne restructure pas les imaginaires comme un groupe industriel (...) la grande question qui se pose est cependant celle de la gestion pacifique de différences et d'identités qui ne cessent de s'affirmer, voire de s'exacerber.»

Il est logique que, faute de comprendre ce « nouveau monde », de nombreux groupes ethniques craignent une homogénéisation culturelle ou une acculturation, et optent instinctivement pour un repli et un rejet systématique de l'autre et de l'ailleurs, pensant ainsi protéger leurs patrimoines culturels. Mais alimenter une peur irrationnelle qui relève sans aucun doute de lacunes identitaires, est-ce là une solution adaptée au développement, à priori inexorable, de cette nouvelle société mondiale qui voit le jour ?

Ne suffit-il pas pour préserver une culture de la connaître de la transmettre humblement et sereinement, d'être capable d'identifier ses faiblesses et de les corriger, d'accepter l'apport de l'autre et de la voir évoluer, car c'est là une condition sine qua none du progrès. Que serait le monde si les échanges culturels n'avaient pas eu lieu ? A quel stade de développement technique et scientifique en serions nous ?

Citoyens du monde, et selon le propos Jean Malaurie, directeur de recherche au CNRS, de « la première civilisation de l'Histoire sans repères »

Bien que la circulation des biens, les interactions entre les groupes ethniques et les grands mouvements migratoires aient lieu depuis plusieurs siècles, la mondialisation a pour effet d'en multiplier le nombre, la fréquence et d'en faciliter l'accomplissement. Il y a une contraction de la perception des espaces et du temps, ce qui amène naturellement à une remise en cause relative des frontières des états-nations et de leur souveraineté. L'homme accède à davantage de libertés individuelles, mais sous l'impulsion de l'establishment se trouve soumis à une pression idéologique plus importante. Ses repères sont à reconstruire, l'information à laquelle il accède le contraint soit à une soumission irréfléchie soit à un effort de réflexion pour en extraire la réalité et le raisonnable. Loin de nos origines, de la nature, des autres et de nous-même quelle direction pourrions nous prendre ?

 

Ibn Battuta, Marco Polo, Jean-François Champollion, Théodore Monod, Jean Malaurie d'illustres voyageurs érudits, savants et chercheurs s'employèrent à percer les fabuleux mystères de la variété ethnique et de la diversité culturelle. Lorsqu'ils se firent une idée de l'immense savoir et du profit intellectuel et humain qu'il pouvait en tirer ils s'empressèrent d'y consacrer leurs existences. C'est de la confrontation et de la rencontre de toutes ces spécificités contemporaines, naturelles, collectives, individuelles et culturelles que naît la nécessité de promouvoir le dialogue des cultures, comme une suite logique vers l'avenir. Il est le principal moyen de transmettre un patrimoine culturel et linguistique dans un contexte social et économique ou les personnes et les idées circulent plus librement, d'enrichir nos référents culturels dans une dynamique d'échange afin de contribuer à la construction du patrimoine culturel universel. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, nous ne pouvons continuer à accepter que nos esprits soit enclavés dans des frontières psychologiques plus persistantes